Identité amérindienne

Bien des gens me demandent à quelle nation j’appartiens.
C’est une question assez complexe qui requiert des explications détaillées.

Le réveil de mon identité amérindienne

A la maison, en Saskatchewan, province centrale du Canada ou je suis né, nous avons été élevés comme des Canadiens-français. Il n’a jamais été question que nous étions indiens. À la fin de mon adolescence, la première semaine où j’ai quitté la maison familiale pour commencer mes études collégiales et universitaires en Musique à l’Université Laval, j’ai fait un rêve dans lequel les Ancêtres ont commencé à me parler. En fait, c’est un lointain grand-père qui m’a révélé dans ce rêve que j’étais amérindien. Au réveil tout était devenu très clair pour moi. Ce que j’avais vécu jusque-là et ce que j’aurais à vivre dans l’avenir. Pourquoi le monde était dans une telle confusion et l’écologie en si mauvaise condition. J’ai demandé à mes parents si nous avions du sang indien car cela n’avait jamais été mentionné. Ils m’ont confirmé le fait. Après cette révélation, j’ai abandonné mes études universitaires en musique et je suis parti pour un long voyage. J’ai visité les Indiens d’un bout à l’autre du Canada, puis sur la côte Ouest des États-Unis. Partout, j’ai été reconnu et accepté par les Premières Nations que j’ai rencontrés et avec qui j’ai vécu. J’ai rencontré des sages de plusieurs nations. Ils ont tous accepté de m’enseigner. Plusieurs d’entre eux ont même vu mon Ancêtre à mes côtés.

Je n’ai jamais ressenti le besoin de prouver mes ascendances. Mon sentiment intérieur était si fort que pour moi nulle preuve extérieure n’était nécessaire. Ma conviction était inébranlable et a toujours été confirmée par les expériences que j’ai vécues, les gens que j’ai rencontrés et les connaissances qui surgissaient spontanément en moi lorsque j’en avais besoin.


Mes ascendances familiales

Lorsqu’un membre de la parenté s’est spontanément offert pour établir l’arbre généalogique de la famille, nous avons découvert, comme je l’avais pressenti, que nous avions du sang amérindien. La surprise a été qu’il n’y avait pas une, mais bien quatre ascendances amérindiennes. Notre étonnement a été de taille de découvrir que du côté de mon père, nous avions des ancêtres abénaquis, soit de Marie Mathilde Pidicwanmiskwe, fille d’un chef Abénaquis qui s’est marié avec Jean-Vincent d’Abbadie, né en 1652. Jamais nous n’avions soupçonné la présence de sang autochtone dans la famille de mon père, alors que l’évidence génétique dans les traits physiques nous indiquait clairement du sang amérindien du côté de notre mère. En outre, l’histoire était plus que pittoresque, elle était même symbolique, car nous étions la lointaine descendance d’un Chef Abénaquis qui avait choisi de marier sa fille à un blanc et de faire de cet Européen le chef de sa tribu car il savait que celui-ci pourrait mieux les aider à faire face aux turpitudes de la colonisation qui s’annonçait inexorable.

Voici ce qu’écrit Bona Arsenault dans Histoire et Généalogie des Acadiens1 :

« Jean Vincent D’Abbadie arriva au Canada en 1665 avec le grade d’enseigne dans le régiment de Carignan. Se liant d’amitié avec les Abénaquis dont il apprit la langue et adopta les coutumes, il épousa Marie-Mathilde Pidicwanmiskwe, la fille de leur grand chef. Successeur de son beau-père à la tête de cette tribu, il accompagna d’Iberville avec 240 Abénaquis au siège de Pemaquid en 1696. Lors de son décès en 1707, son fils, Bernard-Anselme, lui succéda comme chef des Abénaquis. Bernard-Anselme de St-Castin contribua cette même année à l’échec des Anglo-Américains à la défense de Port Royal à la demande du gouverneur de Subercase. Après la chute de Port-Royal en 1710, Vaudreuil, accorda à Saint-Castin une commission de lieutenant à Pentagoët (Penobscot, Maine). Il était à la fois chef des Abénaquis et officier de l’armée française. Les incessantes attaques des Anglais contre les Abénaquis ayant considérablement affaibli cette tribu, St-Castin entreprend des négociations avec les Anglo-Américains qui aboutirent à la signature d’un traité de paix en 1725. »

  Notre famille est aussi la descendance d’un Joseph Riberville, Indien Pawnee ayant vécu à Lachine à titre d’engagé pour Guillaume de Lorimier et aussi de Jeanne Capciouekoue, de nation aussi de la nation Pawnee qui épousa Jean Gauthier à Kaskaskia en Illinois vers 1702.

Comme nous l’avons mentionné précédemment l’évidence génétique dans les traits physiques nous indiquait du sang amérindien assez récent du côté de notre grand-mère. Ici, la famille est confrontée à un mystère qui à ce jour demeure irrésolu. En effet, le nom « Cloud », un nom amérindien assez commun, est associé à une ancêtre qui subitement disparaît aux États-Unis. Elle réapparaît quelques années plus tard, malgré des nouvelles de sa mort, et elle n’a plus le même nom. Elle semble aussi beaucoup plus jeune que l’âge qu’elle devrait avoir, se nomme maintenant McClure et semble plutôt de sang européen. Mon oncle, aujourd’hui décédé, l’a rencontrée. Mais ce mystère n’est pas encore élucidé. Qui était cette personne et d’où vient le sang indien si apparent sur les traits de ma grand-mère et de ses enfants?


Photo blog-cropped-copie-1La reconnaissance par mes frères Amérindiens
Après ce rêve qui transforma ma vie, j’ai beaucoup voyagé pour rencontrer les Amérindiens de nombreuses nations. Cela m’amena en 1981 à rencontrer une enseignante de la nation AniYunWiwa lors d’une conférence qu’elle donnait à Montréal. Depuis plusieurs mois elle recevait la visite, dans ses rêves, d’un vieil Indien Algonquin qui lui demandait de rappeler son petit-fils aux enseignements. Il revenait la visiter régulièrement. Le soir où nous nous sommes rencontrés à Montréal, elle a vu mon Ancêtre debout près de moi, qui me tenait par l’oreille. Avec beaucoup d’insistance, il lui répétait que j’étais ce petit-fils dont il lui avait tant parlé. Elle demanda alors à mon grand-père ce qu’elle pourrait bien faire pour me ramener sur le sentier. Il lui demanda de m’offrir un cristal qu’elle portait sur sa robe.

Pendant tout le temps qu’a duré cette conférence, elle a sans cesse palpé ce cristal, l’énergisant. Dans la salle, j’étais complètement électrifié. J’avais voyagé longtemps parmi les nations indiennes en cherchant ce qui semblait ne plus exister, l’enseignement spirituel traditionnel. Seules quelques familles privilégiées détenaient ces enseignements et elles se faisaient discrètes. L'héritage des doctrines chrétiennes imposées par les différentes églises occidentales ont fait que dans bien des nations il est très mal vu de suivre les enseignements traditionnels. Mais ici, enfin, j’entendais ce que je cherchais depuis si longtemps.

A la fin de sa conférence, elle m’a fait remettre ce cristal. La charge d’énergie que j’ai reçue au moment où je l’ai pris a été tellement forte que je me suis retrouvé incapable de prononcer un seul mot. La personne qui agissait comme messagère pour cette enseignante n’était plus certaine d’avoir remis la pierre à la bonne personne. Par trois fois, elle m’a demandé si le cristal m’était bien destiné. Ne pouvant toujours pas répondre, je me suis contenté de le mettre dans ma bouche et elle a alors bien compris qu’il devait effectivement me revenir!

Le lendemain soir, j’ai reçu une vision qui a finalement permis à ceux de ma nation adoptive de me donner ce nom que je porte maintenant, Aigle Bleu. Depuis ce temps, j’ai cheminé dans les enseignements traditionnels des Premières Nations. J’ai assimilé la pratique du Clan de l’Ours de la nation AniYunWiwa avec cette même enseignante. J’ai également étudié avec Sun Bear, de la nation Chippewa, avec OhShinnàh Fastwolf de la nation Apache et avec Tlakaelel, de la nation Aztèque. J’ai reçu des enseignements de Manitonquat et de Slow Turtle, tous deux de la nation Wampanoag, de William Commanda, de la nation Algonquine, de N’tsukw, de la nation Innu, et de plusieurs autres trop nombreux pour tous les nommer et dont plusieurs sont décédés aujourd’hui. Partout, j’ai trouvé des enseignements efficaces et puissants. Grâce à cette formation, je trouvais enfin ma place dans l’univers. 

Après sept années d’études avec les Aînés, j’ai reçu l’autorisation d’enseigner à mon tour. Pendant vingt ans, j’ai enseigné les techniques et les principes spirituels et thérapeutiques des nations autochtones. Quelques années après le début de cette partie de ma vie, le secrétaire général du Gouvernement de la Nation Indienne de l’Amérique du Nord2 m’a demandé si j’aimerais obtenir mon statut d’Indien. J’étais très heureux d’accepter et de lui fournir les photos requises. Deux jours plus tard, il m’offrait mes cartes et mon passeport amérindiens à titre gracieux, en soulignant la reconnaissance du Gouvernement Indien pour mon travail.

Quelques années plus tard, nous avons découvert que j'appartenais au Clan de l'Ours. Dhyani Ywahoo m'adopta alors dans sa famille et dans le clan de l’Ours du « Green Mountain AniYunWiwa » bande cherokee situé au Vermont. Ainsi, j’appartenais désormais à la nation Cherokee.


Le prix à payer
Puisque j’avais des traits amérindiens et que je n’avais pas peur d’afficher ouvertement mon appartenance, j’ai aussi subi le racisme que vivent les Premières Nations à d’innombrables reprises, qu’il s’agisse de violence physique ou verbale, de diffamation sur le web ou de ségrégation administrative. J’ai aussi partagé les problèmes qu’ils vivent. Un des plus gros maux dont souffrent les Premières Nations aujourd’hui sont les dépendances. J’ai connu ces difficultés, car c’était sur mon sentier, et j’ai aussi trouvé la guérison et la libération de ces problèmes.

D’un autre côté j’ai aussi vécu le racisme des Indiens contre moi qui osais enseigner leurs traditions aux Blancs et qui n’avais pas mes cartes du gouvernement canadien.
Le gouvernement canadien détermine qui est indien au pays. Il faut comprendre que ce gouvernement a implanté de nombreuses politiques de génocide contre les peuples autochtones. Ceci fut dénoncé par de nombreux chefs indiens dont entre autres le Grand Chef Max Gros-Louis. Une des mesures les plus cruelles qui furent adoptés au milieu du 20ème siècle furent les écoles résidentielles : les enfants des Premières Nations furent enlevés à leurs familles, placés dans des écoles où il était interdit de parler leur langue, de pratiquer leurs coutumes ancestrales et où ils furent souvent abusés verbalement, physiquement et sexuellement. Un document des plus percutants qui décrit ce que fit le gouvernement canadien a été écrit par le juge Murray Sinclair. D’avoir reçu mes cartes du Gouvernement de la Nation Indienne de l'Amérique du Nord, sans les avoir demandées, gracieusement, a plus de poids pour moi que toutes cartes pouvant provenir du gouvernement canadien. Je suis aussi amérindien par adoption dans la famille Ywahoo du Clan de l’Ours. Certains m’ont comparé à Grey Owl, personnage pittoresque sur qui un film a été fait ces dernières années. La différence est que Grey Owl n’avait pas d’ascendants amérindiens. Notre famille en a plusieurs.

  Le Gouvernement de la Nation Indienne de l’Amérique du Nord est reconnu par de nombreux pays et j’ai été très surpris de voir que dans le Village Huron de Wendake où il est né, son fondateur n’est pas reconnu par certaines personnes de sa nation. Je parle du fondateur de ce mouvement, Jules Sioui dont je parle dans mon premier volume, L’Héritage spirituel des Amérindiens. À la fin de sa vie Jules était délaissé par la plupart des siens. C’est un Blanc qui vivait à l’extérieur du village, Tommy, qui s’en occupait le plus. Ces mêmes personnes du Village Huron qui ne reconnaissent pas cette organisation ont décrit ce saint homme comme un fou sénile qui agissait de manière erratique et farfelue.  C’était un grand sage. Après sa mort, le secrétaire générale du Gouvernement de la Nation Indienne de l’Amérique du Nord, Mr Regent Sioui, fit une campagne de financement pour honorer sa mémoire et lui donner un monument funéraire digne de ce qu’il a fait pour les Premières Nations. Merci, Regent. D’avoir reçu mes cartes de cette organisation, sans les avoir demandées, gracieusement, a plus de poids pour moi que toutes cartes pouvant provenir du gouvernement canadien. 

Mais cela importe peu, en fait, pour moi aujourd’hui. Je ne suis plus engagé comme autrefois dans l’enseignement ou la promotion des valeurs d’une nation en particulier. Je me considère comme un membre de la Famille Arc-en-Ciel. Nous sommes une seule humanité qui a besoin de paix, de réconciliation et d’harmonie avec la nature et notre âme véritable. Peu importe notre appartenance, l’important c’est où est notre cœur.

Un deux-plumes de la famille Arc-en-ciel
  De nombreux Amérindiens qui ont participé à mes enseignements ont témoigné que lorsque j’enseignais, je parlais comme les Anciens, et que mes cérémonies étaient parmi les plus intègres et fidèles à la tradition qu’ils aient reçus. Tous les Aînés que j’ai rencontrés m’ont reconnu et accepté pour qui j’étais. Certains autochtones qui m’ont défendu devant ceux qui affirmaient que je n’étais pas indien, posaient cette question : « Qui est le plus indien, celui qui a ses cartes du gouvernement canadien mais qui vit comme un Blanc ou celui qui n’a pas ces cartes mais qui vit comme un Indien, en perpétuant les traditions et les enseignements? »

J’accepte les deux côtés de ma personne, le Blanc et l’Indien. Je suis un deux-plumes de la famille Arc-en-ciel.  
Alors, voilà ce que j’avais à partager avec vous au sujet de mon identité amérindienne.

plume

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Je suis un créateur de musiques et de fragrances thérapeutiques, de volumes de sagesse et d’autres produits, tous créés dans le but d’augmenter la conscience et le bien-être de l’humain et de la nature. 
Très jeune, j’ai compris l’importance de la nature, qui est comme un grand livre rempli de la vérité du monde. Plus tard, la reconnaissance de mon héritage amérindien m’a permis d’acquérir les outils nécessaires au travail que je fais aujourd’hui. Suite ici >>>

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